Bertina aventure aLorsqu'un "miracle d'élégance en bout de course" devient le héros et le sujet d'un roman, cela donne un texte surprenant, autant sur le fond que sur la forme.

L'amorce de l'histoire est simple : un journaliste se lance à la poursuite du tennisman Roger Federer, il souhaite écrire sur l'état de grâce qui fut celui du sportif pendant ces dernières années, et le déclin inévitable qui suivra.

 

Traversant la France à moto, il arrive en Suisse mais le joueur de tennis n'est pas au rendez-vous : rentrant sur Paris le narrateur fait une halte au bord d'un étang, il y rencontre le fantôme de Thoreau, toujours aussi moralisateur, ainsi que l'aspirant fantôme d'un écrivain marginal et même pas encore mort, Pirsig !

 

Commence alors pour le journaliste une épopée farfelue et improbable, il s'envole pour les USA sur les traces du sportif, y rencontre Tyson et parvient enfin à entrer en contact avec le numéro un mondial de la raquette. L'interview commence plutôt bien, mais elle déraille très vite en équipée picaresque et rocambolesque : le journaliste, le sportif et une étrange forme informe qui l'accompagne partent pour l'Angleterre, afin de dérober le double de cire de Federer, figé dans sa perfection et presque fossilisé par la presse.

Cette folle équipée se poursuit en Afrique, Federer est convié à venir inaugurer une école de tennis à son nom...

 

Un roman étonnant, dans lequel l'auteur se joue de la forme traditionnelle du genre et questionne la notion de grâce, tout en réfléchissant sur les œuvres de Thoreau, l'ouvrage de référence de Pirsig "Traité du zen et de l'entretien des motocyclettes" ou l'histoire de l'homme-dé.
Arno Bertina a réussi l'exploit de me captiver avec une histoire de tennis, sport honnis dont je n'ai jamais compris les règles, chapeau l'artiste !

 

Séverine C. - Médiathèque Bonlieu

 

Extraits :

 

"Pourquoi suis-je ainsi crispé ? Parce que je pense - a priori bien entendu, inconsciemment - que la machine est animée par un principe de complication, voire un principe hostile (observez dans une gare, dans un train, dans un bureau de poste, l'attitude des gens qui approchent - quinze ou vingt ans après leur mise en service - les bornes automatiques, les portes coulissantes du TGV... On n'approcherait pas différemment un animal sauvage capable de bondir toutes griffes dehors à n'importe quel instant). Je me méfie de l'autocuiseur et tourne en rond en essayant tour à tour les trois boutons qui font apparaître sur le petit écran des signes ou des chiffres que je ne comprends pas." (p. 183)

 

" J'achète mon billet sur le site d'Air France. je fais cela très vite pour m'acculer à ce voyage. Depuis quelques années, la perspective du départ s'accompagne toujours d'une paresse qui est la forme aimable que s'est donnée la peur." (p. 55)

 

Pour aller plus loin :

Lisez l'article de Rue 89 consacré au sportif et à la fascination qu'il inspire

 

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