defaut d origine a

Un homme revient dans "ce cloaque pestilentiel" qu'est devenu son pays d'origine, dix ans après un exil qu'il pensait définitif.

Lui qui s'est acharné à tout oublier s'est pourtant empressé de répondre à l'invitation de Roman, qu'il n'a jamais revu depuis.

 

Le temps du trajet, le narrateur ressasse ce passé encombrant, il remâche les conversations qu'il avait alors avec son ami, de manière obsessionnelle, au point qu'il ne sait plus vraiment lui-même qui parle à travers lui... .


Dans ce monologue à deux voix, le narrateur fait un retour mental sur ce pays natal, ravagé par la guerre, par l'argent puis l'oubli, dont la population a été humiliée à mort par de cruels seigneurs devenus depuis des figures politiques "respectables".

 

 

Il évoque ainsi cette terrible condition qui est celle du témoin, la honte de ses origines, qui va jusqu'au dégoût de sa langue natale et des littératures dites de voyage ou d'exil. Le trajet est entrecoupé par les interventions de son voisin de siège, un gros beauf à moustache, commercial de métier.

 

Un texte magnifique, dans lequel le narrateur fait un portrait sordide de l'horrible mère de Roman, femme manipulatrice, sadique et narcissique, prête à tout pour garder son fils unique sous sa coupe et qui lui a transmis une angoisse injustifiée au sujet des fiches de renseignement... .

Un roman qui se place dans la filiation de ceux de Bernhard et Borges, une réflexion passionnante sur notre rapport à la terre, à la langue, à la mémoire, la mise en scène et en mots d'une situation de conflit qui devient archétypique.

 

Séverine C. - Médiathèque Bonlieu

 

Extraits :

 

« Cet endroit, ce simulacre de pays, ce cloaque pestidentiel que tu considères comme ton pays d'origine ne sera jamais plus rien d'autre qu'un perpétuel champ de ruines, voilà le genre de phrases sentencieuses que Roman aimait à prononcer. (pp. 12-13) »

 

« On ne sort évidemment pas indemne de l'ordure dans laquelle des années de guerre nous ont fait macérer, on en sort avec une perception du monde et de nous-mêmes modifiée de fond en comble, on en sort en d'autres termes littéralement dépucelé et atrophié et souillé et fatigué pour de bon, on en sort surtout avec l'amertume pâteuse des années perdues. (p. 49) »

 

« Si je devais te résumer en quelques mots le fonctionnement de notre famille qu'elle accumulait les secrets dans un but très précis : rester solidement soudée et faire fructifier son formidable capital de cohésion. (p. 65) »

 

Pour aller plus loin :

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