piecc80ge acc80 taupes aUn livre dont la lecture, commencée mardi, est entrée en résonance avec l'actualité de ce début janvier.

 

Oliver Rohe s'attaque ici au portrait de Mikhail Kalachnikov, modeste soldat, poète à ses heures, inventeur invétéré, père du tristement célèbre AK-47.

 

C'est à la fois la vie et l’œuvre de cet homme qui a révolutionné l'armement contemporain qui sont ici passées en revue. Car le nom de ce vieillard solitaire parmi tant d'autres est passé à la postérité, sa "création", alliant puissance de feu et courte portée, répondait aux attentes des soldats de l'Armée rouge, puis du monde entier. Cette évolution est à l'image d'une transformation de la morphologie et du concept même de guerre, qui n'incarne plus tant l'affrontement entre différentes nations mais désigne de plus en plus des conflits internes, dans lesquels la frontière entre militaires et civils tend à s'estomper.

 

Retraçant la genèse d'un fusil d'assaut parfaitement adapté aux temps modernes et aux spécificités des combats qui s'y tiennent, Oliver Rohe livre ici l'histoire d'un homme et d'un objet devenu emblématique.

 

C'est un parcourt étonnant que l'on découvre ici, accompagné de descriptions d'images d'archives et d'une très fine étude sur les causes et conséquences diverses de cette "création" destinée au départ à lutter contre l'armée allemande. Oliver Rohe démontre comment cette arme, symbole et manifeste de l'idéologie communiste est devenue l’étendard d'actions révolutionnaires puis l'instrument privilégié du terrorisme, sa libre prolifération faisant d'elle un objet de marchandise à la fois abordable et mythique, adapté à la mondialisation et au capitalisme.

 

Oliver Rohe signe ici un texte passionnant, dont l'étrange titre évoque la toute dernière lubie de M. Kalachnikov, l'éradication des nuisibles qui ravagent son jardin, une création qui pourrait peut-être à nouveau changer la face du monde...

 

Séverine C. - Médiathèque Bonlieu

 

Extraits :

 

« L'AK-47 dans ses trois premières moutures historiques demeurait probablement le modèle le plus répandu et le plus apprécié des soldats coiffés d'un casque sur les champs de bataille en raison des propriétés techniques que nous lui reconnaissons dès sa mise en service mais encore de sa dimension de plus en plus légendaire et de son indéniable cristallisation en fétiche politique - car quiconque la possédait dans ses mains et l'utilisait sur le terrain participait ou croyait participer de près ou de loin à l'histoire et à la mythologie commune de l'émancipation. (p. 45) »

 

« Il y avait aussi dans l'humiliation de cette guerre perdue d'avance contre ces insurgés musulmans quelque chose de l'ordre du basculement symbolique, de la perte d'aura idéologique, puisque l'arme jusque là brandie pour l'affranchissement des peuples était désormais en partie employée à l'asservissement et à la domination de ces peuples : la part émancipatrice de l'AK-47 avait été dès lors comme subrepticement retirée aux mouvements progressistes et laïcs pour être peu allouée à des forces politiques se réclamant du conservatisme et de la religion. (p. 58) »

 

« Une transposition qui macère un temps dans les marges de la langue avant de se répandre peu à peu au reste de ses tissus, qui se répand et se retrouve par exemple dans la bouche d'un ministre français déclarant avec un ton très spécifique fait de cabotinage arrogant, d’inconscience et de délire de toute-puissance : "Le président a raison, les médias, il faudrait les passer à la Kalachnikov". (p. 78) »

 

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