L homme qui savait la langue des serpents aCe roman envoutant et dont on sort comme étourdi, imprégné, se déroule en Estonie et retrace l'histoire d'une population en voie d'extinction.

 

Ces habitants qu'on désignait comme le "peuple de la forêt" s'éloignent progressivement de leurs racines, attirés comme des insectes par les merveilles de civilisations des colons. Cette fable s'inspire du passé de ce territoire, colonisé par les Allemands au 13ème siècle et dont on dit qu'il fut le dernier à être "christianisé". Le récit met en scène le déclin de cette harmonie païenne, brisée par ce qui reste encore considéré comme une invasion.

 

Le narrateur est le dernier de son clan à connaitre la langue des serpents. A mesure qu'il grandit, il voit la forêt se vider de ses habitants... . Lui seul sait parler ce langage originel et commun à tous les êtres vivants ; ses congénères, eux, ont tout oublié de ce pouvoir ancestral et préfèrent s'abrutir de travail plutôt que de continuer à vivre en harmonie avec la nature.

 

Une plongée dans un monde truffé de légendes et coutumes, qui se heurtent au bon sens comme à la modernisation de la société. Le clan, longtemps protégé par une fabuleuse salamandre qui ne daigne plus s'éveiller, se décime peu à peu. Le personnage principal devra choisir son clan, devenir un homme de son temps ou rester fidèle aux siens et à ses principes. Le dernier homme de la famille et de son clan aura une vie étonnante et finira par trouver un allié improbable, en la personne d'un vieillard hargneux et ailé.

 

Ce livre met en scène le principe même de civilisation, sorte de mythe de la caverne revisité, dans lequel sont ridiculisés la religion comme les superstitions et rites païens, le modernisme à outrance et les impostures morales, l'innocence prise en otage par différentes croyances absurdes... . D'autant que la vérité se trouve peut-être à ras de terre, dans l'esprit d'un défoncé aux amanites tue-mouche devenu ivrogne... .


Une fable qui tisse le merveilleux, le grotesque et le tragique, dans laquelle se heurtent mondes anciens et nouveaux, rites païens et chrétiens.

 

« Regarde bien, Leemet ! Ce que tu as devant toi, c'est un petit fragment d'un monde vieux de centaines de milliers d'années. (p. 74) »

Prix de l'Imaginaire 2014 du roman étranger

 

Retrouvez ce roman au catalogue...

 

Séverine C. - Médiathèque Bonlieu

Extraits :

 

« Pour parler serpent, je n'avais pas encore mué comme je le fis à plusieurs reprises, plus tard, au cours de mon existence, me glissant dans des enveloppes de plus en plus rudes, de plus en plus imperméables aux sensations. A présent, peut-être bien que rien ne traverse plus. Je porte une pelisse de pierre. (pp. 150-151) »

 

« C'était un authentique sauvage, le sang de nos ancêtres lui brûlait les veines. Si nous étions tous restés comme lui, jamais les hommes de fer ne seraient parvenus à s'installer dans ce pays : nous leur aurions sauté à la gorge et nous les aurions dévoré jusqu'à l'os ! Mais les gens dégénèrent, et les peuples aussi. Ils perdent leurs crocs, ils oublient la langue des serpents - et à la fin des fins, les voilà tout tranquilles, tout voûtés, en train de couper de l'herbe à la faucille. (pp. 39-40) »
« Je n’arrêtais pas de penser à ce grand-père que je venais de retrouver. Dans une certaine mesure, il me rappelait Oncle Vootele, mais en bien plus sauvage. Ils étaient faits du même bois, sauf que mon oncle ressemblait à un tronc, un tronc lisse et fort mais qu'une tempête peut briser, tandis que mon grand-père était comme une racine, épaisse et coriace, profondément ancrée dans le sol, indestructible, même par un ours. Et moi - moi, j'étais la cime, flexible au gré du vent, et si frêle. J'étais cette partie de l'arbre où les branches sont si fines qu'elles ne supportent même plus le poids d'un oiselet. Après moi, plus personne : plus rien que le ciel, vide et bleu. (pp. 245-246) »

 

Pour aller plus loin :

 

Découvrez les interviews du traducteur de l'ouvrage, Jean-Pierre Minaudier

 

 

 

 

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