la borne sos 77 Bertina aLorsque l'écrivain Arno Bertina rencontre le photographe urbain Ludovic Michaux, cela donne un livre aussi beau qu'engagé.

 

Le prologue est consacré à l'évocation d'un souvenir improbable mais tout à fait approprié au projet d'écriture, celui d'un épisode de dessin-animé dans lequel Dingo parvient à suspendre la folie du monde par sa propre folie.

 

C'est un double récit que nous découvrons, celui d'un vigile, affecté au poste de surveillance du périphérique, et celui du SDF farfelu qu'il découvre en partie dans son champ de vision. Observant ses écrans à longueur de journée, dans l'attente d'un conducteur qui ferait le tour complet du périphérique pour s'occuper, il découvre là des entassements d'objets hétéroclites qui font figures de sculptures contemporaines aux allures surréalistes. Arno Bertina imagine le quotidien de ce marginal qui survit en bordure des grands axes et s'est recréé un semblant d'intimité, il s'est donné un lieu de vie dans ces lieux de perpétuel passage.

 

Cet homme, dont nous voyons l'environnement, est parvenu à se réinventer un domicile fixe à son image, ouvert aux quatre vents et en perpétuel mouvement, il s'est accroché à ce lieu impossible, à proximité de la borne d'appel d'urgence numéro 77, comme un coquillage. Il habite un "vide juridique" et y ramène chaque jour de nouveaux éléments destinés à habiller son intérieur/extérieur.

 

Un texte magnifique, ponctué de photographies montrant le quotidien de ce SDF dont nous ne verrons jamais le visage, mais aussi d'autres montrant les ignobles dispositifs élaborés par les mairies ou les commerces pour empêcher les marginaux de s'asseoir et de s'installer...

 

Retrouvez ce roman au catalogue...

 

Séverine C. - Médiathèque Bonlieu

 

Extrait :

 

« Et j'ai vu, contre le deuxième pilier, une herbe folle. Le béton a beau être coulé abondamment, la sève trouve toujours un trou pour s'agrandir, et tous les goudrons du monde, dans toutes les rues, autour des arbres, n'y peuvent rien. J'ai été tenté de l'arracher mais au moment de le faire je me suis souvenu que ces "herbes folles" sont aussi des "plantes vivaces", et et je l'ai gardée comme une sorte d'autel pour ma présence, un symbole, une bonne étoile perçant le ciel pollué. (p. 16) »