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Tom est l'heureux propriétaire d'une petite supérette, dernier commerce d'un trou perdu du Midwest qui se déleste peu à peu de ses habitants. Shellawick, coincée entre un pierrier et le désert, est une ville fantôme écrasée de soleil et baignée de poussière, dans laquelle le maïs est roi.

Tom ne garnit ses rayonnages que du strict nécessaire. Il a la curieuse manie d'écrire trois lignes sur l'annuaire téléphonique à chaque fois qu'un client passe sa porte. Cette habitude lui vaut une réputation d'écrivain, d'autant qu'il voit défiler tout ce que la petite ville compte d'habitants. En effet, les gens semblent surtout attirés par le fauteuil de barbier. Le meuble trône dans la boutique et pousse chacun à la confidence.

C'est toute une galerie de portraits croustillants et attendrissants que nous propose ici Émilie de Turckheim : un vieil instituteur en froid avec ses trois frères perd la raison, une géologue échouée-là  écluse chaque jour sa bouteille de whisky, un maire dévoué aux plus riches, une petite Émilie Dickinson, un éditeur à principes... Autant de personnages plus vrais que nature, la bouche pleine de jurons pittoresques, auxquels on s'attache au fil de la lecture.

Car peu à peu se dévoilent certaines vérités gênantes, comme l’extermination des Indiens des plaines et la mainmise des géants du maïs sur la population. La haine que Tom affiche pour le fleuron de l'industrie locale, le popcorn Buffalo Rocks, semble découler d'un lointain passé plus que d'un militantisme forcené. Mais la société de consommation va finir par se rappeler au bon souvenir du petit commerçant, le naufrage annoncé de son "bonheur" faisant écho à la prophétie paternelle.

Ce très beau roman vous entraîne dans l'atmosphère si typique aux romans américains. Il questionne notre société de consommation et d'abondance. Émilie de Turckheim signe ici ses "maïs de la colère".

 

Séverine C. - Médiathèque Bonlieu

 

Extraits :

« L'équipe des trieuses s'occupait aussi de jeter dans une longue rigole latérale les grains de maïs gâtés, atrophiés, brisés, bref, mal aimés du Seigneur qui semblait avoir envoyé le maïs dans notre région comme substitut du Christ, pour que chacun s'en nourrisse à tous les repas, le vénère et lui sacrifie ses lombaires et sa vie. (p. 92)  »

« En écoutant mes clients j'ai appris que les autobiographies étaient des tissus de mensonges sincères, qui variaient au gré des années et des ressentiments. (p. 61) »

 

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