dequiauraisjecrainte zeniter aAlice Zeniter retrace le quotidien d'une plus toute jeune femme de 36 ans, employée comme personnel d'entretien de nuit dans un immeuble de bureaux désertés. Ces lieux vides l'apaisent, même s'ils sont encore imprégnés de l'odeur corporelle des absents et saturés d'ondes magnétiques qui la dévastent à petit feu.

Mais les migraines deviennent de plus en plus handicapantes, la jeune femme s'isole. Son malaise s'accroît, d'autant que ses troubles sont considérés comme imaginaires par son employeur, et ne déclenchent plus qu'exaspération et reproche dans son entourage. Pour ne rien arranger elle a le sentiment qu'une jeune femme inconnue tente de lui voler sa vie via ses amis Facebook, à la manière d'une pie qui s'approprie un nouveau nid.

La solitude dans laquelle s'enfonce cette citadine du commun, perdue dans son paysage urbain, résonne dans celle de l'homme rouge photographié par Raphaël Neal. Esseulé, au beau milieu d'un décor naturel luxuriant, à la fois sauvage et civilisé, comme l'indiquent les symboles religieux ou de pouvoir qu'il arbore, il incarne solitude et séduction à la fois. Le rouge qui lui couvre le corps symbolise son irréductible singularité ou le sang versé pour asseoir un règne. Le titre qui rassemble ici texte et image, "De qui aurais-je crainte ?", est d'origine biblique, il faisait alors référence à l'espoir et à la confiance que l'homme doit fonder en dieu.

Une troisième voix se fait entendre, celle d'un homme, la quarantaine, qui fait lui aussi état de ses regrets et de son mal-être, que l'on peine à identifier. Chaque matin il est obligé de pleurer quelques minutes pour trouver la force de se rendre au travail...

Le télescopage de ces images qui semblent d'un autre temps avec les turpitudes proprement modernes qui assaillent l’héroïne crée une sorte d'onde de choc. À la manière d'un peintre impressionniste, Alice Zeniter capture le réel par petites touches éclatantes de beauté et de tristesse. En marge du texte et des photographies se dessine enfin une réflexion citoyenne, relative à l'impact de ces ondes qui nous cernent désormais sur 97% du territoire.

 

Séverine C. - Médiathèque Bonlieu

 

Extrait :

« En revanche, elle aime bien les slogans sur les produits Monoprix. Lardons les amarres. Tous mes œufs de bonheur. Sur les petits Suisses : Déroulez, jeunesse. Sur le beurre : Approuvé par le Petit Chaperon rouge. Elle se dit qu'il y a quelque part dans le pays des gens dont le métier est de produire des jeux de mots moyennement drôles à longueur de journée. (p. 46) »

 

Pour aller plus loin :

Alice Zeniter et Raphaël Neal en vidéo

 

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