Sophie Divry Quand le diable sortit de la salle de bain aSophie a basculé peu à peu dans la précarité, suite à ce qu'elle  appelle sa Révolution (entendez Rupture) puis son Grand Exode. Elle en livre le récit sans concession mais plein d'autodérision. Un roman surprenant sur la forme et le fond, qui se distingue dans cette rentrée littéraire.

 

D'emblée la narratrice nous plonge dans un quotidien plein d'anxiété et d'amertume. La haine sourde que soulève en soi chaque nouvelle facture, qui ôte littéralement le pain de la bouche, l'attente honteuse des allocations, le ventre creux, pour revivre un peu. Autant de moments que partage l’héroïne avec le lecteur. Boire un verre dans un bar, prendre soin de soi, plaisirs dont la privation ajoute la solitude à la pauvreté et une certaine forme d'exclusion.

 

Chaque détail dans la vie d'autrui vient fracasser un peu plus la confiance : Sophie, malgré son enfance heureuse et une famille nombreuse, semble n'avoir plus guère d'avenir. Entre les vaines recherches d'emploi et les démarches administratives éreintantes, la jeune femme laisse libre cours à son extravagance. Ainsi ce roman intègre des délires littéraires et typographiques. Ces fantaisies viennent rendre compte du grotesque de certaines situations vécues. Le texte est truffé de calligrammes, de listes, de SMS... Ces éléments disparates font basculer le récit dans le loufoque. Les fréquentes interventions du meilleur ami de Sophie viennent dynamiter encore ce roman. Le démon personnel de la jeune femme s'incruste lui-aussi dans le récit et sculpte d'obscènes dessins à même les mots.

 

Après La condition pavillonnaire, Sophie Divry confirme son style décapant fait d'humour ravageur et d'esprit libre et critique. Elle s'impose comme l'un des auteurs les plus inventifs de cette rentrée littéraire. Un texte des plus modernes, qui se joue du décalage entre tradition et transgression, en particulier avec les titres de chapitres à rallonge. Il se présente modestement comme un "roman improvisé, interruptif et pas sérieux".

 

Séverine C. - Médiathèque Bonlieu

 

Extraits :

« Le Grand Exode est le moment où je me suis arrachée à ma vie précédente. Chacun a dans son cœur son après-guerre, sa Libération ; chacune a vécu sa sortie d’Égypte, son New Deal, sa Grande Dépression ; chaque biographie personnelle peut s'écrire de la même manière qu'un livre d'histoire, avec ses périodes glaciaires et ses révolutions. (p. 97) »

 « Je me demande même si la condition de l'Homme moderne n'est pas d'être vulnérable aux formulaires. Sans doute est-ce un progrès par rapport aux époques où la météo terrorisait les masses. Aujourd'hui, les Grandes Famines surviennent par l'arbitraire de papiers arrivant, ou n'arrivant pas, dans les boites aux lettres. (p. 152) »

 

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