Laurent Binet La septieme fonction du langage aCe roman revient sur les derniers instants de Roland Barthes, ce sémiologue de génie mort renversé par une camionnette en 1980, au sortir d'un entretien avec le candidat à la présidentielle François Mitterrand.

 

Le postulat de départ, aussi simple qu'efficace, est qu'il pourrait s'agir d'un assassinat et non d'un banal accident. Commence alors une enquête digne des meilleurs romans policiers, mettant en scène un duo dépareillé : l'inspecteur des renseignements généraux Bayard, qui ne comprend rien à ces masturbations d'intellectuels, réquisitionne Simon Herzog, un jeune doctorant, pour l'aider dans son enquête.

 

Le petit monde universitaire est au cœur de ce récit. On découvre ainsi les plus grands noms de la critique dans leur milieu naturel, au cœur d'intrigues, de rivalités et de jalousies (Foucault, Todorov, Jakobson, Eco...) ; mais aussi des personnalités plus médiatiques (Hallier, BHL...) et politiques (Rocard, Giscard d'Estaing...).
Cerise sur le gâteau, le couple Sollers/Kristeva est dépeint en duo démoniaque dévoré d'hubris.

 

Ce texte met en scène un complot politique qui implique le milieu universitaire, mais s'épanouit aussi dans le monde de la nuit. Laurent Binet imagine ici une sorte de "fight club" rhétorique, proposant au lecteur une enquête sémiologique assortie d'une réflexion sur la condition du personnage de roman ; le tout dans un récit accrocheur, épique... jubilatoire en somme.
 

Séverine C. - Médiathèque Bonlieu

 

Extraits :

 

"Avec Barthes, on pouvait passer beaucoup de temps à parler de steak-frites, de la dernière Citroën, de James Bond, c'est une approche plus ludique de l'analyse, et c'est d'ailleurs un peu la définition de la sémiologie : c'est une discipline qui applique les procédés de la critique littéraire à des objets non littéraires." (p. 44) 

 

"Ce n'est pas un hasard si Umberto Eco, le sage de Bologne, l'un des derniers sémiologues encore vivants, se réfère aussi souvent aux grandes inventions décisives dans l'histoire de l'humanité : la roue, la cuillère, le livre..., outils parfaits, selon lui, à l'efficacité indépassable. Tout laisse supposer, en effet, que la sémiologie est en réalité l'une des inventions capitales de l'histoire de l'humanité et l'un des plus puissants outils jamais forgés par l'homme, mais c'est comme le feu ou l'atome : au début, on ne sait pas toujours à quoi ça sert, ni comment s'en servir." (pp. 13-14)

 

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