autour de moi aCe roman, d'une violence immanente et d'une beauté inouïe, regroupe plusieurs séquences biographiques particulièrement terribles et incarnant des épisodes emblématiques dans l'existence de l'auteur. Un voyage autour de la mémoire, qui devient matière d'homme.

Cette violence que subit l'enfant est ici canalisée par les mots, filtrée par la mémoire elle n'en demeure pas moins omniprésente. Manuel Candré, par l’évocation et la juxtaposition de souvenirs personnels mais néanmoins souvent partagés, sortes de madeleines pleines d'amertumes, fait ici le récit d'une enfance douloureuse.

Chaque instant convoqué par la mémoire de l'adulte qu'il est devenu est autant d'étapes d'une initiation au monde, à sa cruauté comme à sa beauté. Une succession de décès vont faire du jeune narrateur un homme, celui de sa mère d'abord, trop tôt disparue, puis celui de son chien, viennent ensuite ceux des grands-parents puis celui du père : figure centrale de ce texte, cet homme en équilibre précaire, dévasté par ses rêves, le deuil puis l'alcool, submergé de violence et de rage, s'absorbe dans un processus d'autodestruction qui s'étend amoureusement à toute la famille.

Le récit est imprégné de cette violence presque quotidienne, qui revient comme une sourde fredaine, entrecoupée d'angoisse et d'attente, trouée de brefs instants de bonheurs. Les souvenirs, parfois longtemps refoulés, présentés comme de simples anecdotes, sont autant d'étapes cruciales dans la formation de ce garçon, creusant le sillon familial. Entre son hérédité pesante comme du plomb et ses expériences personnelles émancipatrice l'homme à venir se dessine un peu plus à chaque paragraphe.

Un témoignage aussi fort que concis, dont la lecture vous laisse pantelant, presque assommé... mais plein du désir de la recommencer d'emblée !

 

 Séverine C. - Médiathèque Bonlieu

 

Extraits :

« Ma mère a cru jusqu'au bout qu'elle pourrait changer mon père. Mais pour changer à ce point il faut être un autre et ça ma mère ne le savait pas. Ou bien peut-être que si, mais jusqu'au bout elle a fait comme si c'était possible qu'il change. Mon père d'une certaine façon à abîmé ma mère, jusqu'à la conduire au trou. Une fois ça fait, il s'est laissé sombrer devenir sombre déchoir. devant moi qui l'ai regardé faire. (p. 62) »

 

« J'ai fini par mettre le doigt dessus sur ce qui fait de la tristesse un lac noir reposant sur une colère de boue également disposée dans la cuvette, centre et bords. J'ai exhumé l'or du fond de ses eaux... (p. 98) »

 

Pour aller plus loin :

Un entretien avec Manuel Candré dans "La cause littéraire"

 

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