voyages zigzag mediatheque bonlieu annecyÀ la lecture des Voyages en zigzag découvrez les pays du Mont-Blanc, avec pour guide un enseignant de l’Académie de Genève passé à la postérité.
De 1826 à 1844 Rodolphe Töpffer, un esprit curieux au savoir encyclopédique, compose au gré de ses expéditions ces écrits et dessins. Imprimés en fascicules, ils deviendront pour touristes et alpinistes de patre brebis mediatheque annecyl’époque une référence.

 

 

C’est à l’occasion de sorties scolaires organisées pour ses élèves que Töpffer saisit sur le vif tout le pittoresque de ces contrées méconnues du grand public. Il s’intéresse autant aux paysages qu’aux hommes, qu’ils soient « naturels », entendez locaux, touristes ou « spécifiques », terme par lequel il désigne les professionnels.
Pâtre et brebis

 

naturel vache mediatheque annecyTous sont ici décrits avec humour et tendresse, saisis dans leur beauté propre, leur poésie particulière.

 

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« L’homme seul, dans cette terre de poésie, n’est pas poétique ; c’est comme partout, je pense. Il est à la vérité paresseux, hâlé, souvent admirable de guenilles, beau et expressif de visage, excellent modèle pour le peintre ; mais il est vulgaire, criard et sentant l’ail ; mais la poésie morale manque ; la poésie religieuse, celle du sentiment, celle de la mélancolie, sont exilées de ces rives, c’est comme partout, je pense. Partout, la poésie est, non pas dans le modèle, mais dans l’âme du peintre. »1

 

Töpffer, qui a l’âme sensible, fait ainsi un très juste portrait de ceux qui vivent de ces montagnes : douaniers, guides, chasseurs ou aubergistes. Il dresse également le panorama des particularités locales.

 

 

 

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Le cas Töpffer

Fils d’un peintre et caricaturiste genevois, Töpffer est d’emblée à bonne école. Initié aux beaux-arts, encouragé à pratiquer l’observation et la satire, il se détourne de la vocation paternelle en raison d’une défaillance oculaire.

Il se concentre alors sur la littérature et ouvre un pensionnat, sans perdre pour autant le goût de saisir sur le vif et par l’image tout ce qu’il trouve sur son chemin. Car il est aussi de ces infatigables voyageurs, qui arpentent inlassablement le monde. Allant par monts et par vaux, il fait de ses promenades la matière de ses livres futurs.

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« Je le répète, il est très bon, en voyage, de n’attendre rien du dehors et d’emporter tout avec soi : son sac pour ne pas dépendre du roulage, ses jambes pour se passer du voiturin, sa curiosité pour trouver partout des spectacles, sa bonne humeur pour ne rencontrer que de bonnes gens ; mais si à toutes ces choses on peut ajouter encore quelque petit goût pour le dessin ou pour l’histoire naturelle, quelque envie d’observer quoi que ce soit, ou le simple but de tracer quelques notes pour soi ou pour ses amis, on a de quoi faire le tour du monde avec agrément. »2

 

Töppfer prône ainsi un tourisme actif, qui sort des sentiers battus, bien loin de cette « torpeur oisive, cet insipide bien-être où végètent tant d’opulents touristes »3. Passé par Annecy « après la restauration », il devine d’ores et déjà le potentiel de la ville en ruines.

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ombrageux montagnards mediatheque annecyTöpffer vulgarisateur des Alpes

C’est pour l’agrément de ses pensionnaires que Töpffer rédige ses premiers récits de voyages. Chaque périple, appelé alors « course d’école » devient l’objet d’un récit imagé. Il s’agit alors pour le pédagogue de témoigner de la « diversité d’hommes et de paysages » qu’offrent les deux versants des Alpes.

 

Les descriptions truculentes de ses compagnons de route et de ceux qu’ils croisent offrent une image inédite des voyageurs comme des habitants de ces vallées reculées.

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Chaque récit est introduit par une présentation de la « caravane », dans laquelle le maître s’inclut avec beaucoup d’autodérision.

« Il y a pourtant certains chemins qui semblent abréviatifs, que nous appelons spéculations, qui sont des pièges toujours offerts aux jeunes touristes ; car les jeunes touristes sont du goût des chèvres ; ils préfèrent le zigzag à la ligne droite, l’ardu au plain, le sinueux à l’uni et les broussailles aux prairies. Les touristes de sens rassis, comme M. Töpffer, combattent souvent ce goût, et avec la corne ils rappellent les chèvres, qui ressortent à regret des taillis ou redescendent contre leur gré le ravin. »4

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Le récit de Töpffer est empreint de tolérance, il conseille ainsi de ne pas prendre de haut ceux-là mêmes qui vous logent, au risque d’être bien mal accueilli. Il invite aussi le voyageur à la méfiance vis à vis des prix pratiqués par les aubergistes ou les guides, souvent estimés à la « tête du client ». La paresse et les procédures parfois douteuses des douaniers sont également épinglées.

« Les douaniers sont des hommes qui ont un uniforme, les mains crasseuses et une pipe à la bouche. Assis au soleil, ils fainéantent, jusqu’à ce que vienne à passer une voiture, qui ne passe devant eux que par cette raison justement qu’elle ne contient pas trace de contrebande. »5

 

Les touristes ne sont pas en reste, croqués pour leurs drôles d’allure et de manières. Ainsi, il surnomme « les Nonos » les anglo-saxons qui ne savent un mot de français et ne s’expriment que par cette onomatopée.

 

Il s’égaie également d’une gouvernante anglaise tenue en respect par une placide vache.

« Mais à peine avons-nous perdu de vue ces deux fous qui bravent étourdiment de si visibles périls, que nous voici dans le cas de délivrer une femme de chambre anglaise d’un danger qu’elle ne court pas du tout. Cette bonne demoiselle s’est allée mettre en tête qu’une vache qui la regarde est un taureau qui la poursuit, en sorte que, pâle et immobile, elle en est à attendre depuis un quart d’heure que sa destinée s’achève. De son côté, la vache, peu accoutumée à voir des femmes de chambre anglaises prendre racine davoyages mediatheque annecyns son pâturage, ne perd pas de vue son fantôme, et se tient prête à fuir, si seulement il lui plaisait de bouger. Sans notre venue, cette mutuelle fascination durerait encore. »6

 

Pour chaque voyage Töpffer rédige et illustre un petit fascicule, qu’il fait imprimer à peu de frais, grâce à la technique de l’autographie. Ce procédé, proche de la lithographie, lui permet d’éditer conjointement l’image et le texte. Cet aspect technique sera déterminant dans sa façon de composer et de concevoir : le livre devient une œuvre mixte, et non plus le fruit d’une simple juxtaposition de texte et d’images.

Le succès inattendu de ces petits albums va amener certains éditeurs à s’y intéresser de plus près. Les voyages d’études, qui se succèdent depuis 1826, donneront alors naissance aux fameux Voyages en zigzag ou excursion d’un pensionnat en vacances, publiés pour la première fois en 1844. C’est Alexandre Calame, artiste peintre de renom, qui est chargé d’illustrer l’ouvrage à partir des dessins originaux de l’auteur.

 

La septième édition, paru en 1878, comporte quant à elle un grand nombre de vignettes, mais aussi 54 grandes gravures hors texte, signées Calame, Girardet, Français, Daubigny…

 

Töpffer inventeur de la bande-dessinée

C’est encore son problème oculaire qui va obliger Rodolphe Töpffer à conserver le principe de l’autographie, alors même que les éditeurs passaient à la xylographie. Cette défaillance technique va se révéler particulièrement féconde, puisque la contrainte se fait spécificité et innovation.

Il met également à profit son talent de caricaturiste pour imaginer des scènes légendées à sa façon. Créateur d’un récit en séquences, qui préfigure le découpage en cases des planches, il inscrit le texte à même l’image.

En imagbourse vide professeur madiatheque annecyinant ce qu’il nommera ses « histoires en estampes », dès 1821, Töpffer devient un véritable précurseur. Ainsi il écrit en 1833 L’Histoire de Mr Jabot, satire bouffonne d’un individu bouffi d’orgueil, qui n’est pas sans rappeler Le Tartuffe de Molière.
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Goethe et Sainte-Beuve ne s’y trompent pas, qui pressent Töpffer de publier ce qu’il ne considère que comme un divertissement.

En articulant l’image et le texte d’une manière audacieuse, il donne à ce genre ses lettres de noblesses. Car les deux sont complémentaires, indissociables, ils sont essentiels l’un comme l’autre à la compréhension.classe desertee mediatheque annecy

C’est pourquoi il est désormais considéré comme l’inventeur et le premier théoricien de la bande-dessinée. Il est aussi l’archétype du voyageur responsable, conscient de son impact sur l’environnement et l’habitat local, qui évite soigneusement les pièges à touristes et autres curiosités artificielles.

« Les peintres y trouveraient à chaque pas des sites admirables et partout des roches, des eaux, des ruines et des études de détails ; mais les peintres n’y vont guère, tout au plus quelques faiseurs de vues. Les peintres sont un peu comme les touristes, et les touristes un peu comme les moutons, qui se suivent tous les uns les autres. »7

L’ensemble des manuscrits de Töpffer a été légué à la ville de Genève par sa fille. Vous pourrez découvrir dans nos fonds local et ancien un certain nombres d’ouvrages signés par ce pédagogue d’exception.

 

 

Séverine C. – Médiathèque Bonlieu

 

Notes :

  1. [Rodolphe Töpffer – Premiers voyages en zigzag, Garnier, p. 121.].
  2. [Rodolphe Töpffer – Premiers voyages en zigzag, Garnier, p. 145.].
  3. [Rodolphe Töpffer – Premiers voyages en zigzag, Garnier, p. 147.].
  4. [Rodolphe Töpffer – Premiers voyages en zigzag, Garnier, p. 165.].
  5. [Rodolphe Töpffer – Zigzags dans les Alpes, p. 16.].
  6. [Rodolphe Töpffer – Zigzags dans les Alpes, pp. 66-67.].
  7. [Rodolphe Töpffer – Premiers voyages en zigzag, Garnier, pp. 66-67.].

 

Pour aller plus loin :
Töpfferiana : tout Töpffer (ou presque) en numérique
Fonds Töppfer numérisé sur la Cité Internationale de la Bande-dessinée et de l’Image
Le site de la Société d’études Töpfferiennes